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01/04/21 - "Biodiversité, agriculture et services écosystémiques : un nouveau regard sur le développement durable"

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01/04/21 - "Biodiversité, agriculture et services écosystémiques : un nouveau regard sur le développement durable"

Par Gérard Fonty

mardi 30 mars 2021

Gérard Fonty nous présente l’ouvrage "Biodiversité, agriculture et services écosystémiques : un nouveau regard sur le développement durable", qu’a publié en 2019 l’association qu’il préside : le GREFFE, GRoupe sciEntifique de réFlexion et d’inFormation pour un développement durablE.

PF21 : L’ouvrage "Biodiversité, agriculture et services écosystémiques : un nouveau regard sur le développement durable" réunit les réflexions de 10 scientifiques du GREFFE relevant de spécialités différentes. Une illustration des vertus de l’approche transdisciplinaire pour analyser les questions de durabilité ?
Gérard Fonty : On pourrait dire ça, en effet ! Notre association réunit des scientifiques qui couvrent de nombreux domaines : biologie, écologie, agronomie, nutrition, sciences économiques, médecine, chimie ou encore géographie.
Nous avons créé le GREFFE pour croiser nos analyses et réflexions sur les questions environnementales, resituées dans une perspective de développement durable.
Nous informons ensuite les citoyens et les décideurs, tant économiques que politiques, sur les alternatives que nous jugeons importantes de développer face aux problèmes actuels et à ceux que nous pressentons pour l’avenir. Pour ce faire, nous intervenons lors de conférences, de réunions-débats, de cafés-citoyens ou encore dans les écoles primaires. Nous rencontrons aussi les élus et publions des articles ou des ouvrages, comme celui-ci.

PF21 : Cet ouvrage est donc une incitation à agir pour la transition écologique et solidaire ?
G.F. : Les dix chercheurs qui ont contribué à sa rédaction, comme tous les membres du GREFFE, portent un même espoir : que la transition écologique et solidaire puisse s’incarner à travers un projet à la hauteur des enjeux, dans la recherche de l’intérêt général. Nous devons trouver de toute urgence des solutions aux déséquilibres qu’a engendrés notre entrée dans l’anthropocène. Ils sont nombreux. Si on s’en tient à ceux abordés dans l’ouvrage, on peut citer le dérèglement climatique, l’effondrement catastrophique de la biodiversité, l’érosion des sols et la pollution généralisée. Le couple « agriculture-biodiversité » est au cœur d’enjeux très importants pour l’avenir de l’humanité, c’est pourquoi nous l’avons choisi comme fil conducteur de l’ouvrage.

PF21 : En quelques mots, de quoi parle ce livre ?
G.F. : C’est un ouvrage de synthèse qui s’appuie sur l’analyse de centaines d’articles scientifiques de très haut niveau, ce qui nous a demandé deux ans de travail.
En résumé, il montre qu’il est impératif de mettre en place une production alimentaire sans risque pour les consommateurs et pour l’environnement, mais aussi, de revoir nos politiques agricoles et notre conception du développement pour que les agriculteurs prennent une juste place au cœur du fonctionnement de nos sociétés et puissent vivre décemment de leur travail. C’est un appel à nous orienter vers des modèles agricoles qui préservent l’environnement et la santé, vers des systèmes plus résilients dans l’intérêt de tous, des producteurs aux consommateurs. Il montre enfin qu’il est urgent d’abandonner l’intensif et l’usage des pesticides, car on peut s’en passer grâce à l’agroécologie ou à l’agroforesterie, dont les techniques permettent de valoriser le potentiel que nous offrent les sols et notre environnement, dès lors qu’on sait les faire fructifier en les respectant.

PF21 : Quels sont les problématiques traitées ?
G.F. : L’ouvrage réunit douze articles sur diverses problématiques, qui intègrent à la fois les dimensions économiques, sociales et environnementales.
Il commence par un bilan de l’agriculture productiviste et une réflexion sur d’autres modes de production agricole possibles. Il montre la pertinence des agricultures familiales, à travers leur rôle dans l’alimentation mondiale face aux bouleversements générés par le dérèglement climatique et la croissance démographique, mais aussi, leurs bienfaits pour la santé pour la planète et leur efficacité quand elles sont couplées au puissant potentiel de l’agroécologie.
Deux articles font ensuite le point sur les pesticides : histoire, usages en agriculture et contaminations, toxicité, impact sur la santé et solutions alternatives.
Puis, nous abordons le sujet de l’intérêt de la biodiversité pour l’élevage des herbivores : intérêt de la diversité des prairies, qui sont à la fois des puits de carbone et des réserves de biodiversité ; intérêt de la diversité des races d’animaux, qui permet aux éleveurs de choisir celles les mieux adaptées aux conditions du milieu ; diversité de l’alimentation des troupeaux et notamment de la flore des prairies, qui influent sur la qualité des produits laitiers et carnés. Enfin, l’intérêt de la biodiversité pour le bon fonctionnement des écosystèmes est illustré à travers son rôle bénéfique dans la régulation des proliférations de campagnols terrestres, cette prolifération résultant du déséquilibre des chaines alimentaires.
Après l’élevage, l’ouvrage s’intéresse aux sols : il attire l’attention sur le fait qu’il s’agit d’un milieu vivant, pas d’un support inerte, et explique pourquoi il est fondamental de préserver la vie qu’il recèle. Un sol vivant possède en effet la capacité de se réguler lui-même, il n’a pas besoin d’ajouts de produits chimiques. Les microorganismes du sol savent répondre aux perturbations d’origines environnementales ou anthropiques.
Des sols, nous passons ensuite à la problématique de la dégradation et de la restauration des terres, en proposant une réflexion sur un sujet parfois soumis à controverse : celui de la "compensation écologique* ". L’enjeu est de résister à l’urbanisation à outrance pour préserver des terres agricoles près des villes, et pouvoir ainsi nourrir la population dans les décennies futures grâce à des circuits de proximité.
Enfin, le douzième et dernier article traite de l’avènement des marchés à terme et des conséquences de ce système de marche forcée vers la financiarisation de l’agriculture, qui oriente la Politique Agricole Commune dans le mauvais sens. L’organisation des marchés de produits agricoles est en effet plus pensée en fonction des intérêts des spéculateurs que de ceux des consommateurs et des enjeux alimentaires, ce qui nous conduit dans le mur.
En conclusion, l’ouvrage ouvre des perspectives porteuses d’avenir, pour une société plus responsable, plus solidaire et plus conviviale.

PF21 : L’ouvrage me semble assez technique. S’adresse-t-il à tous ou à un public averti ?
G.F. : Plutôt à un public qui a des bases en agriculture et en écologie.
C’est une source d’informations fiables sur laquelle peuvent s’appuyer les enseignants du milieu agricole, les organisations professionnelles agricoles, les agriculteurs, mais aussi les décideurs des mondes économique et politique, et les citoyens. L’ouvrage a été reconnu par les spécialistes des domaines abordés, mais aussi par les élus, qui ont vu en lui une mine d’informations pour réfléchir à leurs décisions.

PF21 : Qu’attendez-vous des lecteurs, une fois qu’ils auront pris connaissance de toutes ces informations ?
G.F. : Nous espérons qu’ils prendront conscience des problèmes présentés et surtout, qu’ils s’impliqueront dans la recherche de solutions face au changement climatique, pour éviter la déstructuration des écosystèmes, préserver leurs fonctions et favoriser la biodiversité. Il faut réaliser qu’in fine, il n’y aura pas de bonne santé humaine, ni animale, sans une bonne santé des écosystèmes naturels. Tout est lié. _ Une mauvaise alimentation entraine des maladies chroniques. Une baisse de biodiversité favorise le développement de pathogènes et nous en faisons d’ailleurs la cruelle expérience depuis plus d’un an maintenant, avec la crise sanitaire !). Quant à la circulation à vitesse grand V des biens et des personnes à l’échelle de la planète, elle s’accompagne aussi de celle des virus, c’est pourquoi nous devons privilégier la proximité.
Ce qui est encourageant, c’est que les enfants sont très curieux de ces sujets. Leur conscience citoyenne est parfois surprenante ! Certains font preuve d’une véritable maturité pour leur âge ! Nous l’observons lors de nos interventions dans les écoles primaires et cela nous donne de l’espoir pour l’avenir.

PF21 : Comment la Plate-forme 21 et ses adhérents peuvent-ils soutenir votre démarche de sensibilisation ?
G.F. : Tout simplement en faisant connaître l’ouvrage dans leurs réseaux. Nous nous tenons à la disposition de tous pour intervenir lors de temps d’échanges organisés par les collectivités, les entreprises, les associations ou dans le monde de l’enseignement. C’est pourquoi nous avons répondu favorablement à la demande de la Plate-forme 21 quand elle nous a demandé, avec VetAgro Sup, d’intervenir lors des Rencontres de l’Écoterritorialité le 19 novembre dernier. Le sujet était l’agroécologie, autant dire qu’il était au cœur même de nos préoccupations et de nos spécialités !

* La compensation écologique a pour objectif la compensation des effets néfastes pour l’environnement d’un projet créateur de nuisances, par la création de nouveaux écosystèmes, soit sur le lieu du dommage, soit à proximité de celui-ci. Il s’agit donc de rééquilibrer un dommage subi à l’environnement par un gain écologique. Ces mesures de compensation peuvent se présenter sous la forme d’opérations de conservation et de restauration de milieux ou d’espèces. La notion de compensation écologique, qui était déjà inscrite dans la loi du 10 juillet 1976 est aujourd’hui reprise et complétée par la loi biodiversité du 8 août 2016 (loi n°2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages). Elle est codifiée dans un chapitre dédié à la compensation des atteintes à la biodiversité, aux articles L163-1 à L163-5 du code de l’environnement.

CONTACT :
• Gérard Fonty, Président du GREFFE : Groupe-greffe@laposte.net
• Site web de l’association : http://groupe-greffe.wix.com/groupe-greffe

DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES

PDF - 168.1 ko
Sommaire
Sommaire de l’ouvrage : préface, introduction, les 12 chapitres et leurs auteurs, conclusion et perspectives.
PDF - 185.3 ko
Préface de Marc Dufumier et couverture