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04/01/21 - Le projet "SYLVAE, réseau de vieilles forêts en Auvergne" (CEN Auvergne)

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04/01/21 - Le projet "SYLVAE, réseau de vieilles forêts en Auvergne" (CEN Auvergne)

par Pascal Eynard

vendredi 18 décembre 2020

Pascal EYNARD, Trésorier du Conservatoire d’Espaces Naturels d’Auvergne – association adhérente de la Plate-forme 21 – nous présente le projet "Sylvae".

PF21 : Expliquez-nous, en quoi consiste le projet "Sylvae" ?
Pascal Eynard : Sur nos montagnes auvergnates, les "vieilles forêts" sont de plus en plus rares, aussi est-il urgent de les préserver. Ce sont des forêts à la fois anciennes et matures, c’est-à-dire qu’elles sont présentes sur le territoire depuis au moins 200 ans et qu’elles sont constituées d’une quantité importante de gros bois, de vieux arbres et de bois mort.
Aujourd’hui, les vieilles forêts ne représentent que 5 à 10% de la surface forestière totale, et elles sont d’autant plus menacées que la demande en bois s’est encore accrue. Bien entendu, il est important d’exploiter la forêt pour fournir une source d’énergie ou de matériau durable, mais le plus souvent, cette exploitation coupe court au vieillissement naturel des arbres.
Notre but avec le projet "Sylvae", c’est de préserver ces milieux qui remplissent des fonctions essentielles. Car actuellement, elles ne bénéficient d’aucun statut de protection réglementaire, et peu se situent dans des périmètres de protection efficaces.

PF21 : Justement, quel est l’intérêt de préserver ce type de forêts ?
P. E. : Tout d’abord, les vieilles forêts sont des réservoirs de biodiversité. On y trouve de gros arbres sur pied, essentiels à la reproduction d’espèces comme les pics et les chauves-souris forestières. Il y a aussi du bois mort, qui accueille une faune particulière, notamment des insectes qui s’en nourrissent et recyclent ainsi la matière organique. Il faut savoir qu’en forêt, une espèce sur quatre est liée ou dépend du bois mort ! Donc si les vieilles forêts disparaissent, toutes ces espèces disparaîtront aussi.
Ce sont également des zones à enjeux pour le stockage du carbone, comme l’ont démontré récemment les scientifiques. Leur maintien contribue donc à atténuer les effets du changement climatique, ce qui n’est pas négligeable au vu du contexte planétaire !
Enfin les vieilles forêts font partie de notre héritage culturel et social, de notre identité. Ce n’est pas un hasard si de nombreux contes et légendes se passent dans les vieilles forêts ! Certaines d’entre elles peuvent dater de l’époque médiévale ou antique.

PF21 : Concrètement, avec le projet "Sylvae", que faites-vous au CEN Auvergne pour protéger les vieilles forêts ?
P. E. : Nous achetons des parcelles représentatives d’une douzaine de grands types forestiers présents en Auvergne, pour les laisser évoluer librement. Cela signifie qu’elles ne feront plus l’objet d’aucune coupe, ni d’aucune intervention sur la végétation, pour accorder le temps nécessaire à leur évolution naturelle. L’achat par le CEN Auvergne permet de le garantir sur le long terme. L’objectif est de permettre aux arbres d’accomplir leur cycle biologique complet : croissance, maturité, vieillissement puis mort et régénération naturelle… ce qui demande plusieurs centaines d’années.
Les parcelles forestières acquises varient ainsi par leur altitude, le type de roches sur lesquelles elles sont implantées, leur exposition, constituant un réseau représentatif des vieilles forêts. Enfin, ces parcelles feront l’objet d’un suivi écologique.

PF21 : Vous vous êtes fixé un objectif précis quant à la surface à protéger ?
P. E. : Oui, notre objectif à l’horizon 2028 est d’arriver à environ 400 ha de vieilles forêts en libre évolution, ce qui fait à peu près 3 % de la surface actuelle en Auvergne. Depuis le lancement du projet en 2018 et en prenant en compte les parcelles déjà présentes dans les sites du CEN Auvergne, nous en sommes à près de 165 hectares de forêts Sylvae.

PF21 : Et après 2028, que se passera-t-il ? P. E. : Nous poursuivrons les suivis écologiques et le renforcement du réseau Sylvae.

PF21 : Quel regard portez-vous sur la Plate-forme 21 ?
P. E. : Nous apprécions fortement la Plate-forme 21 car elle permet de fédérer autour des enjeux de durabilité, et surtout de rapprocher des acteurs qui n’évoluent pas dans les mêmes réseaux et qui par conséquent, auraient eu peu de chances de travailler ensemble. C’est par exemple à la Plate-forme 21 que nous avons rencontré la Caisse d’Épargne d’Auvergne et du Limousin, avec qui nous avons ensuite organisé des chantiers auxquels ont participé ses collaborateurs. La Plate-forme 21 permet de créer des points de convergence et de développer des synergies intéressantes.

PF21 : Que peut faire la Plate-forme 21 pour "Sylvae" ?
P. E. : Soutenir et relayer le projet Sylvae ainsi que sa campagne de financement participatif ! En effet, pour l’acquisition des parcelles forestières Sylvae, le CEN Auvergne mobilise pour partie des fonds publics (FEDER Massif Central), mais la part restant à sa charge reste importante. C’est pourquoi nous avons lancé dès 2018 une collecte de fonds, ce qui nous a permis de mener à bien les acquisitions prévues pour la première phase du projet, dans le Livradois et le Massif de la Comté (Puy-de-Dôme) et dans les Gorges de la Rhue (Cantal). Fin novembre 2020, nous en étions à 26 647 € collectés, ce qui nous a permis d’acquérir de nouvelles parcelles, dans la Chaîne des puys et la vallée de la Clidane (Puy-de-Dôme), le Meygal (Haute-Loire) et à nouveau dans les Gorges de la Rhue.
En pratique, chaque personne ou organisation peut soutenir le projet en se mobilisant et en parlant dans ses réseaux ! En plus, les dons ouvrent droit à une déduction fiscale à hauteur de 66 % de leur montant.

PF21 : Toute organisation ou personne peut donc ainsi participer d’une certaine manière au projet ?
P. E. : Ceux qui le souhaitent peuvent même aller plus loin ! Fin 2020, nous avons créé la "Communauté des vieilles branches". Elle regroupe les bénévoles-adhérents du CEN Auvergne qui souhaitent s’impliquer concrètement dans la mise en œuvre du projet. Ils peuvent intervenir partout en Auvergne, individuellement ou en groupe, selon les missions qui leurs sont confiées, c’est-à-dire selon leurs envies et compétences. Par exemple, participer à la veille foncière, évaluer l’intérêt de parcelles sur le terrain, participer à l’amélioration des connaissances de la biodiversité des parcelles, à des inventaires naturalistes, réaliser des photos ou être simplement un "Ambassadeur Sylvae" qui fait connaître le projet auprès du grand public et des acteurs locaux.
Si parmi les lecteurs de cet interview, certains veulent se joindre au projet, qu’ils n’hésitent pas !


Pour voir le projet en images et en savoir + :
Vidéo de présentation
Dossier de présentation
Dossier de presse automne 2020
La campagne de financement participatif

CEN Auvergne
• Adresse : moulin de la Croûte, rue Léon Versepuy, 63200 Riom
• Tél. 04 73 63 18 27 (standard)
• Contact : Céline CHOUZET, chargée de communication, 04 73 63 18 27 / 07 77 07 70 81 - celine.chouzet@cen-auvergne.fr

Portfolio

Mont de Bélier, Cantal
Mont de Bélier, Cantal

Formation des bénévoles de la "Communauté des vieilles branches" (crédit photo Régis Delpeuch)


Gorges de la Rhue, Cantal
Gorges de la Rhue, Cantal

(crédit photo Émilie Dupuy)


Bois mort sur pied
Bois mort sur pied

(crédit photo Julien Tommasino)


Rosalie des Alpes
Rosalie des Alpes

(crédit photo Nicolas Gouix)